Pourquoi une VIème République : le système électoral

Épisode précédent : Pourquoi une VIème République ?

Notre démocratie ne fonctionne plus.

Il est difficile de nier que dans cette Vème République la souveraineté n'appartient guère au peuple. L'immense majorité du peuple était opposée à la suppression de l'ISF. Une grande majorité du peuple aimerait que les hôpitaux soient peuplés de soignants, médecins et disposent d'assez de lits pour soigner la population. Au début du mouvement des gilets jaunes plus de 60% des Français approuvaient le mouvement.
Quelques indications :

L'abstention

Le graphique ci-dessus montre le taux d'abstention aux élections nationales depuis 2002. Si le taux d'abstention augmente lentement aux présidentielles, il a dépassé les 50% pour les législatives en 2017. En 2017, 1 électeur sur 2 ne s'est pas déplacé, même au premier tour.

  • À titre de comparaison, en Allemagne, élections au Bundestag en 2017 : abstention 23,8%.
  • En Italie, élections générales en 2018 : abstention 27%.
  • En 2018, les Espagnols ont dû voter deux fois, en avril, puis comme aucun gouvernement n'a pu être formé, à nouveau en novembre. Abstention : 28,2% en avril et 33,7% en novembre. Donc les Espagnols ont dû se déplacer deux fois parce que les partis n'arrivaient pas à s'entendre ! Mais nous Français sommes censés nous déplacer quatre fois à chaque fin de quinquennat.

Nous avons donc bien un problème en France. La moitié des électeurs ne croient plus en la démocratie de la Vème République. Et pourquoi donc ?

Le mode de scrutin

La prime majoritaire

Là aussi, le cas français est particulier. Toutes les élections en France se font à deux tours sauf les européennes. Les rédacteurs de la constitution de 1958, en serviteurs zélés du général de Gaulle, voulaient que chaque élection donne au pays, à la commune, à la région, etc, un homme fort qui puisse diriger sans être obligé de nouer des alliances, des coalitions. Oublions pour l'instant la présidentielle et les législatives où on vote pour un nom.
Les régionales et les municipales sont des scrutins de liste avec prime majoritaire. 1/4 des sièges au conseil régional ou municipal sont d'office attribués à la liste arrivée en tête, le reste étant réparti à la proportionnelle. Par exemple Jean Rottner, élu président de la région Grand Est en 2021, a recueilli au deuxième tour 40,3% des suffrages exprimés, soit 11,6% des électeurs inscrits dans la région. Il a obtenu 94 sièges, soit 55,6%.
En résumé, 1 électeur sur 10 a voté Jean Rottner et il dispose d'une majorité confortable à la région.

Le scrutin uninominal à deux tours

Revenons aux élections nationales et notamment aux législatives. Le pays est découpé en circonscriptions. Pour avoir au moins un député, un parti doit remporter au moins une circonscription. Le système est totalement non-représentatif. Dans l'absolu, un parti qui représenterait 40% des électeurs mais ne remporterait aucune circonscription n'aurait aucun député.

Le tableau ci-dessus présente le résultat du 2ème tour des élections législatives 2017. Comparons par exemple la France Insoumise (LFI) et La République en marche (LREM). LFI a eu 883 573 voix et obtenu 17 sièges. Il fallait à ce parti 51 975 voix pour chaque siège obtenu. LREM a eu 7 826 245 voix, soit un peu moins de 10 fois plus que LFI. 10 fois 17 sièges ça fait 170. LREM en a obtenu 306 ! Il a fallu à ce parti 25 576 voix pour chaque siège obtenu.

Dans ce deuxième tableau les résultats sont ceux du 1er tour sauf le nombre de sièges obtenus qui sont ceux réellement obtenus. On constate qu'entre les deux tours les partis situés à l'extérieur de l'échiquier politique (PC, LFI, RN) ont perdu beaucoup de voix. Par exemple LFI passe de 2 497 622 à 883 573 voix. En effet avec le scrutin uninominal à 2 tours certains des candidats ont été éliminés, n'ayant pas obtenu 12,5% des inscrits au 1er tour. Au 1er tour LREM a obtenu 2,5 fois plus de voix que LFI pour obtenir finalement 18 fois plus de sièges.

Comment font nos voisins

  • En Allemagne, il n'y a qu'un tour mais les électeurs ont 2 voix, une pour un député de circonscription et une voix pour une liste. Le scrutin est assez complexe mais en tout cas la représentation proportionnelle est respectée entre les différents partis.
  • En Italie 37% des sièges sont répartis dans un scrutin majoritaire à un tour et 66% des sièges sont répartis à la proportionnelle.
  • En Espagne la proportionnelle règne mais, là aussi les électeurs ne se déplacent qu'une fois.

Le système électoral français est donc particulièrement injuste. Faire déplacer les électeurs 2 fois pour qu'au final, un parti qui a eu 2,5 fois plus de voix qu'un autre ait 18 fois plus de députés. Et on s'étonne après que les électeurs s'abstiennent !

Les deux tours

La grande particularité du scrutin uninominal est qu'au premier tour on vote POUR et qu'au second on vote CONTRE. Dans le graphique ci-dessus, on constate qu'en 2002 et 2012 l'abstention à la présidentielle est moins importante. S'il y a eu un important barrage contre Jean-Marie Le Pen en 2002, il y a apparemment eu un petit barrage contre Nicolas Sarkozy en 2012.
En 2017 plus de barrage. Beaucoup d'électeurs ont refusé de choisir entre Macron et Le Pen.

Peut-être faudrait-il supprimer un tour ou, pourquoi pas, supprimer l'élection présidentielle.

À suivre...

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